CONSEIL NATIONAL DE LA COMPTABILITÉ
Note de présentation – Avis n°2003-09 du 24 juin 2003

Relatif aux règles comptables applicables aux fonds communs de créances


Sommaire

1 - Contexte

2 - Principales spécificités de l’avis

3 - Date de première application

Annexe 1 - Présentation simplifiée du fonctionnement d’un FCC

 

1 - Contexte 1.1 - Saisine du Conseil national de la comptabilité

Le Conseil national de la comptabilité a été saisi par la Commission des opérations de bourse d’une demande de révision des dispositions comptables applicables aux fonds communs de créances.

En effet, la comptabilité des fonds communs de créances est régie par un avis du Conseil national de la comptabilité émis le 15 décembre 1989. Or, il convient de préciser que l’avis du CNC du 15 décembre 1989 ne portait " que sur les principales règles comptables que doivent observer ces fonds, dans l’attente de l’adoption du Plan comptable des fonds communs de créances ".

Par ailleurs, de nouvelles dispositions applicables aux fonds communs de créances ont été introduites dans la loi n°88-1201 du 23 décembre 1988 relative aux organismes de placement collectif en valeurs mobilières et portant création des fonds communs de créances, dispositions ultérieurement reprises dans le Code monétaire et financier.

Aux termes de ces nouvelles dispositions, les fonds communs de créances peuvent procéder à certaines opérations qui ne leur étaient pas préalablement autorisées, et notamment :

1.2 - Rappel des principales spécificités des fonds communs de créances

Le fonds commun de créances est une copropriété dépourvue, à l’instar des fonds communs de placement, de la personnalité morale, et dont l’objet exclusif est d’acquérir, selon une procédure simplifiée, des créances.

Pour financer cette acquisition, le fonds commun de créances émet des parts négociables représentatives de ces créances, dont la souscription est ouverte aux investisseurs institutionnels, et, le cas échéant, au public.

Afin de protéger les porteurs de parts, des règles prudentielles ont été instituées tendant à la couverture du risque de défaillance des débiteurs, et notamment :

Ces spécificités sont présentées à titre illustratif en annexe 1.

1.3 - Principales orientations retenues

Bien que les fonds communs de créances constituent des OPC (organismes de placement collectif), le groupe de travail a considéré que les spécificités des fonds communs de créances conduisaient à retenir pour cadre comptable le Plan comptable général, et non pas le plan comptable des OPCVM. Les principales raisons retenues sont les suivantes :

2 - Principales spécificités de l’avis 2.1 - Notion de résultat

Dans une entreprise industrielle et commerciale, le résultat traduit la performance économique de l’entreprise au cours de la période écoulée, les produits et charges étant répartis dans le temps et les dépréciations et risques étant pris en compte.

Dans un fonds commun de créance, cette notion de résultat ne peut être totalement transposée pour les raisons suivantes :

Compte tenu de ces éléments, le groupe de travail a retenu, non pas une notion de résultat, mais une notion de " solde de liquidation " de façon à mieux refléter la nature de cet élément pour une bonne compréhension par le lecteur des états financiers.

2.2 - Créances

2.2.1 - Risque de non recouvrement

Le mode de comptabilisation du risque de non recouvrement est modifié de façon à permettre une meilleure information du lecteur des états financiers et une prise en compte des nouvelles dispositions du règlement 2000-06 relatif aux passifs :

L’avis du 15 décembre 1989 disposait qu’ " une provision pour risques devait être constituée, en cas d’insuffisance des mécanismes de couverture des risques de défaillance par rapport aux besoins, y compris le risque inhérent au portefeuille sain ".

Analyse au regard des dispositions du règlement 2000-06

Cette disposition de l’avis de 1989 n’apparaît plus conforme au règlement 2000-06 qui définit les passifs de la façon suivante : "  Un passif est un élément du patrimoine ayant une valeur économique négative pour l'entité, c'est-à-dire une obligation de l'entité à l'égard d'un tiers dont il est probable ou certain qu'elle provoquera une sortie de ressources au bénéfice de ce tiers, sans contrepartie au moins équivalente attendue de celui-ci. L'ensemble de ces éléments est dénommé passif externe. ". Les conséquences de ces nouvelles dispositions sont les suivantes :

Analyse au regard du principe de non compensation

Le groupe de travail considère par ailleurs que les mécanismes de couverture des risques de défaillance doivent être considérés de façon indépendante de l’analyse des créances. Par exemple, l’existence d’un dépôt de garantie est indépendante de l’analyse de la valeur actuelle des créances couvertes par ce dépôt de garantie :

Compte tenu de ces éléments, le groupe de travail a retenu les dispositions suivantes :

2.2.2 - Modalités de calcul des dépréciations

Le mode de fonctionnement des fonds communs de créances étant basé sur des flux de trésorerie, il est apparu opportun de préciser que le calcul des dépréciations devait prendre en compte la valeur actualisée des pertes prévisionnelles.

Le groupe de travail s’est appuyé pour ce faire sur les dispositions imposées aux établissements de crédit par le règlement 2002-03.

2.2.3 - Créances de crédit-bail

Ces créances sont constituées de redevances, et le cas échéant d’une option d’achat : elles sont enregistrées lors de l’acquisition sur ces bases, l’option étant retenue pour son prix d’exercice.

2.2.4 - Créances futures

La notion de " créance future ", bien que d’usage courant, n’est pas clairement définie au plan juridique. Il ressort de la jurisprudence qu’une créance est future lorsqu’elle n’est pas encore née.

La spécificité de ces créances est que le montant peut ne pas en être déterminé précisément lors de l’acquisition. Ces créances sont enregistrées pour leur prix d’acquisition et de suivre ultérieurement l’évolution du montant définitif des créances :

2.3 - Parts

De même que les créances, les parts sont enregistrées pour leur valeur nominale, l’écart entre cette valeur nominale et le prix d’émission conduisant à constater une prime ou décote d’émission. Cette prime ou décote, de même que la surcote / décote sur créances, est amortie selon des modalités définies par le règlement du fonds et précisées dans l’annexe.

La rémunération des parts est constatée prorata temporis et contribue au boni de liquidation. Si cette rémunération ne peut être évaluée, une information complète est fournie dans l’annexe.

2.4 - Documents de synthèse

2.4.1 - Bilan

Compte tenu des particularités des fonds communs de créances, les principales rubriques du bilan sont :

2.4.2 - Tableau de formation du solde de liquidation

Le groupe de travail a examiné plusieurs voies pour la présentation du solde de liquidation :

La solution retenue consiste à présenter dans le tableau les différentes composantes du solde de liquidation par nature, des compléments d’information étant fournis par ailleurs sur les flux de trésorerie et sur la rémunération des différentes catégories de parts. Les différentes composantes du solde de liquidation sont les suivantes :

2.4.3 - Annexe

Les informations fournies en annexe sont développées de façon substantielle notamment dans les domaines suivants :

2.4.4 - Cas particulier des fonds à compartiments

Lorsque le fonds commun de créances est constitué de compartiments, la réglementation précise qu’une comptabilité distincte doit être tenue pour chacun des compartiments.

Pour ce qui concerne les états de synthèse, il n’existe pas de disposition spécifique. Le groupe de travail estime

3 - Date de première application

Le groupe de travail souhaite que le règlement issu de cet avis s’applique aux comptes afférents aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2004 et qu’il soit possible de l’appliquer aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2003.

Annexe 1 - Présentation simplifiée du fonctionnement d’un FCC

Le Fonds Commun de Créances est une étape intermédiaire entre :

Le Fonds Commun de Créances permet donc de réaliser une transformation entre les créances que le fonds acquiert et les parts qu’il émet en représentation de celles-ci.

1. Présentation générale du fonctionnement des parts spécifiques

Le Fonds Commun de Créances va acquérir mille créances, dont chacune est représentative d’un prêt d’un montant de 100 €, au taux de 10 % que nous supposerons, pour simplifier, remboursables au terme d’une année.

Face à ces créances, le Fonds Commun de Créances émettra des parts qui seront souscrites par des investisseurs institutionnels ; mais ceux-ci ne souhaitent pas assumer le risque de défaillance des créances. Aussi, en supposant qu’une analyse historique indique un taux de défaillance de 5 %, l’investisseur souhaitera sans doute être largement protégé et demandera, par exemple, à ne pas être affecté tant que le taux de défaut reste en deçà de 20 %. Le Fonds Commun de Créances émettra donc deux types de parts :

1 La part spécifique est, le plus souvent, conservée par l’entité ayant cédé les créances au Fonds Commun de Créances ; elle perçoit tous les flux qui ne doivent pas être versés aux porteurs des Parts Prioritaires.

NB : d’autres combinaisons sont possibles, mais celle-ci est simple et permet d’illustrer la situation.

Bilan simplifié :

Créances acquises 100.000 Parts prioritaires 80.000
   Parts spécifiques 20.000
Total actif 100.000 Total passif 100.000

Les parts souscrites par les investisseurs étant de bonne qualité, ils se satisferont d’une rémunération de 6 %.

Au terme de la première année, plusieurs situations peuvent être constatées :

2 1000 créances x 100 euros x 10%

3 80000 x 6%

Compte de résultat simplifié :

Intérêts parts prioritaires 4.800 Intérêts sur créances 10.000
Intérêts parts spécifiques 5.200 Profit/Perte 0
Total charges 10.000 Total produits 10.000

4 1000 créances x 100 euros x 10% x (100%-5%)

5 Prise en charge des 5% de défaut par les parts spécifiques en totalité (1000 créances x 100 euros x 5%)

Compte de résultat simplifié :

Intérêts parts prioritaires 4.800 Intérêts sur créances 9.500
Intérêts parts spécifiques 4.700 

 

Créances irrécouvrables 5.000 Perte 5.000
Total charges 14.500 Total produits 14.500

6 Défaut à 100% soit 5000 euros – montant encaissé

Compte de résultat simplifié :

Intérêts parts prioritaires 4.800 Intérêts sur créances 9.500
Créances irrécouvrables 5.000 Perte 300
Total charges 9.800 Total produits 9.800

2. Présentation du fonctionnement des décotes sur créances

En réalité, les créances devraient être cédées non pas à leur valeur nominale, mais pour un prix reflétant le risque de non-paiement de certaines créances.

Par exemple, les créances pourront être cédées à un prix de 95% reflétant une estimation de perte moyenne (dans un but simplificateur, aucune actualisation n’est prise en compte).

Les créances sont enregistrées pour un nominal de 100.000 réduit d’une décote de 5.000 (en montant négatif à l’actif). Des parts ordinaires sont émises pour 80.000 € et des parts spécifiques pour 15.000.

Bilan simplifié :

Créances acquises 100.000 Parts prioritaires 80.000
Décote -5.000 Parts spécifiques 15.000
Total actif 95.000 Total passif 95.000

Dans ce cas, au terme d’une année, différentes situations peuvent être constatées :

Compte de résultat simplifié :

Intérêts parts prioritaires 4.800 Intérêts sur créances 10.000
Intérêts parts spécifiques 5.200 Amortissement décote 5.000
Profit 5.000  
Total charges 15.000 Total produits 15.000

Compte de résultat simplifié :

Intérêts parts prioritaires 4.800 Intérêts sur créances 9.500
Intérêts parts spécifiques 4.700 Amortissement décote 5.000
Créances irrécouvrables 5.000 Profit / Perte 0
Total charges 14.500 Total produits 14.500

Compte de résultat simplifié :

Intérêts parts prioritaires 4.800 Intérêts sur créances 9.500
Créances irrécouvrables 5.000 Amortissement décote 5.000
Profit 4.700  
Total charges 14.500 Total produits 14.500

Lorsque la durée de vie des créances s’étale sur plusieurs années, la situation devient un peu plus compliquée. En effet, dès lors que le comportement constaté des créances diffère du comportement initialement envisagé, il importe d’en modifier la comptabilisation. Par exemple, si le taux de défaut est supérieur au taux prévu, le principe de prudence conduit à appliquer une décote accrue ce qui, traditionnellement réduit les " résultats ", ou plus précisément, réduit le montant qui pourra être réparti à la liquidation du Fonds.

Synthèse

Ce schéma simplifié illustre plusieurs notions importantes qui ont orienté les travaux du groupe de travail :


©Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 3 juillet 2003