CONSOMMATION ET CONCURRENCE PROTECTION DES CONSOMMATEURS
Le MINEFI dans le dispositif interministériel
La sécurité alimentaire
Article de Nicole Zylbermann du bureau C2 de la direction générale de la Concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes
Le ministère de lÉconomie, des finances et de lindustrie (MINEFI) est un élément
important du dispositif interministériel qui assure la sécurité des aliments. La direction générale de la Concurrence, de la consommation et de la répression
des fraudes (DGCCRF) et la direction générale des Douanes et des droits indirects (DGDDI) tiennent une place significative dans cette mission : les
interventions de la DGCCRF, chargée du contrôle du bon fonctionnement du marché, sinscrivent dans une démarche de prévention des risques et
visent à mettre en oeuvre des procédures de réaction rapide et de sanctions pour les faire cesser ; cette direction sattache également à répondre
au voeu exprimé par le public de plus grande transparence des résultats des actions menées. En outre, la direction des Relations économiques
extérieures (DREE) et la direction des Relations avec les publics et de la communication (DIRCOM) sont associées au dispositif pour contribuer à la
remontée ou à la diffusion des informations.
Lattention des consommateurs à
la question de la sécurité des aliments sest accrue au cours des dernières années, sans doute en liaison avec des inquiétudes liées au
développement de la crise de la vache folle. Si les préoccupations des consommateurs sexpriment aujourdhui plus distinctement que par le
passé du fait de son relais médiatique, il ne sagit pas pour autant dun phénomène nouveau. En 1992, par exemple, lors dun colloque
de prospective de la consommation organisé par la DGCCRF, les consommateurs avaient eu loccasion dexprimer leurs craintes à légard
dune sophistication nouvelle des produits alimentaires et de la mondialisation des provenances et avaient revendiqué des actions significatives
des pouvoirs publics pour maîtriser les risques.
Au cours de lannée 2000, les États généraux de lalimentation ont permis une très
large expression des consommateurs, des professionnels et des spécialistes de ces questions. Lors de la séance de clôture de ces États généraux, le
Premier ministre a souligné la nécessité de mieux informer les consommateurs sur les questions dalimentation.
Dans ce contexte, la DGCCRF
intervient pour assurer le contrôle du marché en vérifiant que les produits alimentaires commercialisés soient conformes aux règles de sécurité, mais
aussi en prenant part à lélaboration de la réglementation.
Cet aspect de sa mission dans
le domaine de la sécurité des aliments, sans doute peu visible pour le public, est pourtant essentiel. Il sagit dune action de fond,
nécessairement corrélée aux travaux communautaires, puisque désormais, lessentiel de la législation dans le domaine de la sécurité des aliments
est harmonisé. Les derniers développements en la matière visent à édifier une législation communautaire quasiment complète qui instaure pour les
consommateurs européens un droit à des denrées alimentaires sûres et à une information précise et honnête leur permettant de choisir leur alimentation.
Cet objectif vient de se concrétiser par ladoption par les États membres dune position commune sur un projet de règlement qui
sappuie sur une approche intégrée, de la ferme au consommateur final.
La législation européenne alimentaire se développe depuis 40 ans, mais
il lui manquait en effet un texte général qui établisse des définitions communes, notamment celle des denrées alimentaires, non définies à ce jour,
et des principes directeurs généraux visant à assurer un haut niveau de protection de la santé publique. Le projet contient notamment des
dispositions pour que la législation alimentaire sappuie sur des avis scientifiques de haute qualité et, en conséquence, crée lAutorité
européenne des aliments. Ce texte introduit également les conditions dapplication du principe de précaution. De plus, il étend aux denrées
destinées à lalimentation animale le réseau dalerte rapide, déjà fonctionnel pour les denrées destinées à lalimentation humaine. Il
faut noter aussi des obligations nouvelles fixées à légard des entreprises du secteur à qui il revient, entre autres dispositions,
dassurer la traçabilité des produits et de signaler aux autorités compétentes les produits présentant des risques.
Enfin, tirant les leçons
des dernières crises européennes dans le domaine alimentaire, la Commission propose un dispositif de gestion de crises, qui sappuiera notamment
sur lévaluation du risque effectuée par lAutorité alimentaire européenne. La construction de loutil réglementaire européen est donc
quasiment achevée, même sil faut encore réviser tous les textes existants pour les mettre en conformité avec les principes généraux définis
dans la législation cadre qui sera sans doute adoptée définitivement à la fin de cette année. Les professionnels, à toutes les étapes des filières,
sont responsables au premier chef du respect de la réglementation, mais un contrôle public efficace, et autant que possible mis en pratique avec la
même approche chez tous nos partenaires européens, est le seul garant pour assurer la confiance des consommateurs.
La DGCCRF effectue des contrôles, dans le domaine alimentaire, de la production des denrées à leur remise au consommateur final,
en mobilisant ses 101 directions départementales, la direction nationale dEnquête répression des fraudes et ses huit laboratoires ; ses
enquêteurs interviennent seuls ou en collaboration avec dautres services de lÉtat. La collaboration entre les services de contrôle constitue
un élément primordial de lefficacité de laction publique. Elle a été formalisée soit dans le cadre dun protocole, comme avec la
DGDDI, soit au sein dun pôle de compétence sur la sécurité des aliments mis en place par les préfets dans la plupart des départements et
rassemblant la direction départementale de la Concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la direction des Services vétérinaires
et la direction des Affaires sanitaires et sociales, soit par des circulaires spécifiques communes. À cette collaboration institutionnalisée
sajoutent des opérations ponctuelles, par exemple pour le contrôle des conditions de transport des denrées alimentaires, qui font appel aux services
de gendarmerie pour arrêter les camions.
Les contrôles sintègrent dans des programmations nationales ou régionales, ciblées par exemple
sur des denrées spécifiques, sur leurs ingrédients ou sur des conditions particulières de commercialisation (par exemple contrôle sur les marchés de
plein air). En parallèle sont organisés des plans de surveillance renouvelés annuellement, dont lobjectif est dapprécier à une large
échelle la qualité sanitaire des produits visés. La DGCCRF programme ainsi chaque année une série de plans de surveillance visant divers contaminants
susceptibles daltérer les denrées alimentaires, les résidus de pesticides dans les fruits et légumes, les céréales, la contamination des
denrées par listeria monocytogènes, etc.
À ces actions sajoute le travail permanent des directions départementales à légard des entreprises
implantées dans leur ressort territorial, qui font lobjet de contrôles approfondis sur sites. Il sagit non seulement de vérifier la
qualité finale des produits alimentaires destinés à lalimentation humaine ou animale, mais aussi dapprécier les conditions dans lesquelles
ils sont fabriqués. À ce stade, les enquêteurs vérifient les produits, mais aussi les ingrédients utilisés pour leur fabrication, les produits de
nettoyage utilisés dans les installations, les matériaux employés pour lemballage des produits alimentaires. Les relations avec les entreprises
permettent également de les alerter sur les défaillances de leur système de production et de les mettre en demeure daméliorer la maîtrise des
risques identifiés lors du contrôle.
Pour optimiser les contrôles, la DGCCRF a développé des réseaux spécialisés denquêteurs où sont
partagées les expériences, développées des formations spécifiques et initiées des enquêtes. Sans être exhaustif, citons le réseau de sécurité
microbiologique des aliments, ceux consacrés aux eaux embouteillées, à lalimentation animale, aux compléments alimentaires, aux matériaux demballage
des denrées alimentaires, etc.
La publication des résultats des contrôles est un élément de nature à restaurer la confiance des consommateurs,
qui jusquà présent navaient souvent accès quà des informations communiquées en situation de crise