ÉCONOMIE LES MÉNAGES
Coup de projecteur
Évolution de la consommation des ménages depuis 40 ans
Articles de Christine Monceau, Élyane Blanche-Barbat, Jacqueline Échampe, et de
Jean-François Baron, division Synthèses des biens et services, Insee
Insee Première vient de publier une série de numéros consacrés à l'évolution
de la consommation des ménages depuis 40 ans. Cet article présente l'évolution des
secteurs de l'alimentation(1) et de l'automobile(2).
En 2001, la part de l'alimentation représente 14 % des dépenses de consommation des
ménages, en volume, contre 20 % au début des années 1960. La part des dépenses
consacrées à l'automobile est aussi de 14 % en 2000, mais ne représentait que 8 % en
1960.
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La consommation alimentaire depuis 40 ans
En 40 ans, les Français ont modifié leurs comportements alimentaires : leurs modes de
vie ont évolué et ils accordent une attention croissante aux questions de santé. Ils
délaissent de plus en plus les produits traditionnels à forte valeur nutritive, tout
comme les sucres et graisses bruts. La consommation par habitant de viandes rouges est en
baisse depuis le milieu des années 1980. A contrario, celle de volaille augmente,
bénéficiant de prix relatifs favorables.
Par ailleurs, les contraintes de la vie moderne conduisent les ménages à privilégier
des produits déjà prêts. Les viandes préparées ont un franc succès depuis les
années 1980. Les confiseries, la pâtisserie et les boissons sucrées sont aussi de plus
en plus demandées, par les jeunes surtout.
De 1960 à 2001, la consommation alimentaire des ménages s'est accrue moins rapidement
que l'ensemble de leurs dépenses de consommation : 2,3 % contre 3,2 % en moyenne par an
en volume (voir Consommation alimentaire - définitions, page 6). Toutefois,
l'alimentation demeure un des premiers postes de dépense (14 % des valeurs totales en
2001), après le logement (24 %) et les transports (15,4 %). À ces dépenses, s'ajoutent
celles des repas pris hors du domicile, dont la place s'est accrue. Dans le budget
alimentaire total, leur part en valeur a doublé entre 1960 et 1980, atteignant 22 %. Elle
s'est ensuite stabilisée.
L'accroissement de la population n'explique que pour une faible part la hausse de la
consommation alimentaire. Celle-ci a crû en volume de 1,6 % par an et par habitant, sur
la période. Outre l'augmentation des quantités de certains produits, la croissance en
volume de la dépense alimentaire par habitant résulte d'un effet qualité : les
consommateurs ont reporté une partie de leur demande vers des produits élaborés puis
vers des biens de meilleure qualité, souvent onéreux.
La croissance des dépenses alimentaires a surtout lieu au cours de la décennie 1960 (+
2,7 % de hausse par habitant et par an, de 1960 à 1973) : l'augmentation du pouvoir
d'achat permet aux ménages de mieux satisfaire leurs besoins essentiels.
La demande alimentaire ayant alors atteint progressivement un niveau de saturation, elle
ne progresse plus que de 1,8 % par an et par habitant entre 1973 et 1978 et de 1,5 % entre
1978 et 1989. Depuis, la croissance par habitant est beaucoup plus faible : + 0,3 %
seulement d'augmentation par an en moyenne de 1990 à 1996 et + 0,5 % de 1996 à 2001.
Moins de produits traditionnels
Dès les années 60, les ménages ont tendance à diminuer leur demande de produits «
traditionnels », relativement bon marché (voir Consommation alimentaire - définitions,
page 6 et graphique 1).
Avec l'urbanisation, les modes de vie de plus en plus sédentaires réduisent les besoins
en produits traditionnels à forte valeur nutritive. Pour le pain, dont le prix progresse
plus vite que la moyenne des aliments, la consommation par habitant diminue de 1,4 % par
an en moyenne depuis 1960. Les pommes de terre, de moins en moins achetées fraîches,
sont plus souvent dans l'assiette du consommateur sous forme transformée.
Plusieurs facteurs conduisent à limiter le temps de préparation des repas et à
favoriser la consommation de produits élaborés : l'activité féminine se développe,
les trajets domicile-travail s'allongent, le temps consacré aux activités de loisirs
s'accroît, le pouvoir d'achat augmente.
La consommation par habitant de plats cuisinés augmente de 5,5 % par an en moyenne de
1960 à 1980, puis de 5 % de 1980 à 2001.
Succès des produits « santé et forme » |
|
Source : comptes nationaux base 1995, Insee. |
Des choix guidés par des préoccupations de santé
L'attention portée à l'équilibre des repas est devenue un facteur non négligeable
pour le choix des aliments, surtout depuis les années 80 (voir Bibliographie, page 6).
Les comportements sont indéniablement influencés par les recommandations sanitaires et
diététiques des médecins, relayées par les médias, dans le cadre de magazines de
santé par exemple.
Les eaux minérales et de source commencent à avoir de nombreux adeptes au cours de la
décennie 1960. La consommation par personne de sucre diminue de 3,1 % par an depuis 1971.
Le sucre est remplacé en partie par le miel ou les édulcorants de synthèse. Ces
derniers apparaissent dans les années 90 dans les pharmacies, puis en grandes surfaces.
En outre, les ménages, sensibilisés à l'effet nocif d'une utilisation excessive de
graisses, commencent à en réduire la consommation à partir des années 80.
Pour le beurre, ce comportement apparaît même dès les années 70. La margarine devient
alors un substitut partiel du beurre ; elle représentait 7 % des dépenses de graisses
brutes en 1979 et 13 % en 1995. Les produits « santé et forme » connaissent un
véritable succès depuis le milieu des années 80. Toutefois, ils ne représentent que
5,5 % de la consommation alimentaire en 2001 (voir tableau 1).
Plusieurs problèmes sanitaires apparaissent au cours des dix dernières années : crise
de la vache folle, salmonellose, listériose, dioxine. Ils encouragent les consommateurs
à être encore plus vigilants vis-à-vis de la qualité.
| Les produits élaborés de plus en plus présents dans
lalimentation (Part en volume, en %) |
|||
| 1960 | 1980 | 2001 | |
| Produits bruts traditionnels | 23,1 | 12,6 | 9,5 |
| Sucres bruts | 2,0 | 1,2 | 0,6 |
| Graisses brutes | 4,3 | 3,8 | 2,5 |
| Viandes rouges | 11,2 | 11,2 | 6,6 |
| dont : buf | 10,0 | 9,8 | 5,4 |
| Porc, graisses animales et triperie | 2,8 | 3,2 | 2,5 |
| Viandes blanches et poissons | 14,0 | 14,0 | 14,4 |
| dont : viandes de volaille | 3,8 | 5,4 | 5,7 |
| poissons et produits de la mer préparés | 1,7 | 2,5 | 4,2 |
| Produits laitiers | 7,4 | 10,8 | 13,0 |
| dont : fromage | 4,1 | 6,8 | 7,3 |
| yaourts et desserts lactés | 0,3 | 1,2 | 2,8 |
| Produits « santé et forme » | 1,7 | 2,8 | 5,5 |
| Fruits et légumes | 16,8 | 15,2 | 15,6 |
| dont : préparations et conserves de légumes et de pommes de terre |
1,2 | 2,3 | 3,1 |
| préparations et conserves de fruits | 0,8 | 1,1 | 1,3 |
| légumes frais | 8,5 | 5,7 | 5,4 |
| fruits frais | 7,3 | 6,1 | 5,8 |
| Viandes préparées | 5,9 | 8,3 | 11,7 |
| Confiserie, pâtisserie, boissons sucrées | 8,8 | 13,0 | 14,1 |
| dont : chocolat et confiserie | 3,0 | 4,5 | 4,7 |
| pâtisserie | 4,0 | 4,7 | 3,7 |
| Source : comptes nationaux base 1995, Insee. | |||
Moins de viandes rouges, plus de volaille et de poisson préparé
Les viandes rouges sont elles aussi pénalisées par la guerre aux matières grasses :
la consommation en volume par habitant stagne entre 1980 et 1987 et diminue ensuite. Les
ménages reportent une partie de leurs achats vers la volaille et les produits
transformés de la pêche (voir graphique 2). Les crises de
la vache folle, de 1996, et à un moindre degré de 2000, accentuent ce report.
Mais les consommateurs sont aussi influencés par les prix relatifs des différentes
viandes. Ces prix sont favorables à la volaille et dans une moindre mesure au porc. À
partir de 1990 cependant, l'évolution du prix du porc n'est pas aussi avantageuse que
celle de la volaille et les dépenses par habitant stagnent.
En revanche, les ménages ne sont pas découragés par la hausse sensible des prix des
préparations (surgelées ou non) et conserves à base de poisson, jusqu'au milieu des
années 80.
Ensuite, la demande de ces produits explose véritablement, avant d'atteindre un palier au
milieu des années 90.
Les plats à base de poisson, notamment, ont un franc succès. La demande est dopée par
l'apparition et la promotion d'une gamme très large de produits, comme par exemple les
produits de la mer des rayons traiteurs en libre-service des grandes surfaces (salades de
la mer, saumon fumé, etc.).
Le poisson frais n'a pas autant d'adeptes que le poisson préparé ; moins pratique à
acheter et surtout à conserver, il est de surcroît pénalisé par des prix en forte
hausse.
Viande et poisson : avantage aux produits préparés |
|
Source : comptes nationaux base 1995, Insee. |
Succès grandissant des produits laitiers
La part des produits laitiers dans l'alimentation passe de 7,4 % en 1960 à 13 % en
2001. Là encore, dès les années 60, les ménages orientent leurs achats vers des
produits élaborés, alors que la consommation de lait augmente modérément.
La demande de yaourts et desserts lactés, marginale au début des années 60, s'accroît
considérablement : les Français en mangent 15 fois plus aujourd'hui. Pour ces produits
en particulier, la diffusion par les hyper et supermarchés d'une gamme de plus en plus
large permet une réduction des coûts de production et des marges.
Ainsi, les prix augmentent moins vite que ceux de l'ensemble des biens alimentaires.
Le fromage, malgré ses apports importants en matières grasses, est un produit toujours
très apprécié. Depuis 1960, sa consommation par personne en volume a été multipliée
par 3,4.
Plus de fruits et légumes
Les préparations et les conserves de légumes et de pommes de terre permettent aussi
une alimentation plus équilibrée en même temps qu'une préparation rapide des repas.
Ainsi, entre 1960 et 1975, alors que les femmes étaient de plus de plus nombreuses à
travailler, les conserves de légumes étaient très appréciées pour leur côté
pratique (+ 7,8 % par an et par habitant).
Après un ralentissement sensible d'une dizaine d'années (+ 0,3 % par an), la
consommation de préparations et conserves de légumes s'accélère légèrement (+ 1,9 %
par an). L'essor des plats préparés, notamment surgelés, dans les années 80, explique
pour une part cette accélération.
En revanche, les achats de légumes frais, longs à éplucher et à préparer, mais aussi
ceux de fruits frais augmentent très modérément (+ 0,5 % et + 0,6 % par habitant par an
depuis 1960). Cependant, les fruits tropicaux séduisent depuis le début des années 80
certains consommateurs friands de produits exotiques (+ 2,8 %). L'évolution des prix des
légumes frais est dissuasive par rapport à celle des préparations et conserves de
légumes.
Du fait des contraintes de temps, les ménages sont également tentés par des produits
certes rapidement cuisinés, mais pas toujours diététiques : par exemple, les
préparations et conserves à base de viande (charcuterie, plats préparés et conserves
de viandes). À partir des années 80 surtout, la demande de plats préparés à base de
viandes augmente fortement : ces produits se substituent pour une part aux viandes
fraîches, buf notamment.
De nouvelles habitudes alimentaires
La consommation de céréales pour le petit déjeuner croît depuis 1980, celle de jus
de fruits et légumes depuis 1990; elles témoignent de nouveaux goûts alimentaires,
influencés par les habitudes anglo-saxonnes et nordiques.
Les confiseries, pâtisseries, boissons sucrées ont également un certain succès. La
consommation par habitant de limonades, sodas etc. augmente de 4,5 % par an en moyenne de
1960 à 2000. Celle de glaces et sorbets explose au cours des décennies 1970 (10,8 % par
an en moyenne) et 1980 (5,8 %), alors que de nom-breux ménages s'équipent en
congélateur. Les comportements de grignotage sont de plus en plus fréquents; la
consommation par personne de biscuits, biscottes, pâtisserie de conservation croît de 3
% depuis 1960.
Jeunes et seniors : des comportements alimentaires opposés
La consommation alimentaire à domicile par unité de consommation croît avec l'âge
de la personne de référence du ménage, jusqu'à plus de 70 ans. Les plus jeunes mangent
en effet moins souvent à la maison que leurs aînés. Puis avec l'âge et l'augmentation
de leurs revenus, les ménages se tournent vers des produits plus chers et le budget
consacré à l'alimentation s'accroît. Après 60 ans, le revenu diminue mais les
ménages, beaucoup plus souvent à domicile, dépensent eux aussi davantage pour
l'alimentation.
Les jeunes ménages consomment davantage, toujours en part relative, de produits « santé
forme », mais aussi de confiserie, pâtisserie et boissons sucrées, et de produits
laitiers. Plus généralement, ils préfèrent les aliments élaborés aux produits bruts
(voir graphique 3).
À l'opposé, les ménages dont la personne de référence a plus de 65 ans sont plus
attentifs à leur santé et ils disposent de davantage de temps pour faire les courses et
cuisiner; ce sont les plus gros consommateurs de fruits et légumes, viandes blanches et
poissons. Les ménages appartenant à cette génération demeurent attachés à des
produits bruts comme le sucre, l'huile et le beurre. Les produits traditionnels, sucres et
graisses brutes constituent la base de l'alimentation des ménages à plus faibles
revenus, surtout après 35 ans. La structure de la consommation des plus jeunes ne change
pas radicalement avec le revenu.
Dépense annuelle moyenne par unité de consommation |
|
1. Pour
chaque produit 100 = dépense annuelle moyenne par unité de consommation de
lensemble des ménages. |
Attitudes inverses des cadres et des agriculteurs
En 1995, les ouvriers et employés dépensent 15 % de moins que la moyenne des ménages
pour l'alimentation à domicile. En revanche, les cadres consomment 10 % de plus et les
retraités 17 %. La consommation des agriculteurs est proche de la moyenne, hormis
l'autoconsommation, bien supérieure à celle de l'ensemble des ménages.
Les agriculteurs consomment plutôt des produits bruts à forte valeur nutritive, tels que
les aliments traditionnels, sucres et graisses bruts, viandes rouges et porc. Les fruits
et légumes ne sont pas prioritaires dans leur alimentation, bien qu'ils les produisent
eux-mêmes pour une part importante.
Les cadres ont des comportements inverses. Ils consomment de préférence des aliments
transformés. Ce sont les plus gros acheteurs, par unité de consommation, de « produits
santé forme », produits laitiers mais aussi confiserie, pâtisserie et boissons
sucrées. Les fruits et légumes, poissons et viandes blanches sont plus souvent dans
l'assiette des ménages à revenu élevé.
La structure de la consommation des ouvriers se situe entre ces deux extrêmes.
| Consommation alimentaire - définitions | |
| Consommation alimentaire : dans cette étude, la consommation alimentaire exclut les boissons alcoolisées. Il s'agit de la consommation à domicile (hors restaurant, cantine, etc.). Douze familles de produits ont été définies : | |
| Familles de produits | Produits les constituant |
| produits bruts traditionnels | pommes de terre, légumes secs, ufs, farines, riz, pain, pâtes |
| sucres bruts | sucre, miel, édulcorants |
| graisses brutes | beurre, huiles, margarines |
| viandes rouges et porc | (regroupe les deux postes suivants) |
| viandes rouges | buf, mouton |
| porc, triperie et graisses animales | |
| viandes blanches et poissons | volaille, veau, poissons frais ou préparés |
| produits laitiers | lait, crème de lait, yaourts et desserts lactés |
| « produits santé forme » |
aliments pour enfants et diététiques, soupes et potages, céréales pour petit déjeuner, eaux, jus de fruits et légumes |
| fruits et légumes | frais ou préparés |
| viandes préparées | charcuteries, plats préparés et conserves à base de viande |
| confiserie, pâtisserie, boissons sucrées | biscuits, biscottes, chocolats et confiserie, pâtisserie, glaces et sorbets, boissons non alcoolisées hors jus de fruits |
| autres produits | condiments, café, thé, produits amylacés, cheval |
|
Volume : dans l'ensemble du texte, les taux de croissance et les parts sont
exprimés en volume, sauf indication contraire. Les volumes sont calculés par chaînage
des comptes aux prix de l'année précédente. Unités de consommation (UC) : le nombre d'UC par ménage est établi en affectant à chaque membre les coefficients : 1 pour la personne de référence, 0,7 pour chaque adulte de 14 ans ou plus, 0,5 pour chaque enfant de moins de 14 ans. Les dépenses par unité de consommation selon l'âge, la catégorie socioprofessionnelle, les tranches de revenu du ménage ont été établies à partir de l'enquête Budget de famille de 1995. |
|
Bibliographie |
- Cédérom « 40 ans de consommation des
ménages », 2002, Insee. |
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La consommation automobile depuis 40 ans
E n quarante ans, la part de l'automobile dans la consommation a presque doublé, en
valeur comme en volume : elle est de 14 % en 2000, contre 8 % en1960. Toutefois ce chiffre
s'est stabilisé depuis le début des années 80.
De 1960 à 2000, la consommation des ménages en automobiles neuves s'est accrue en valeur
de 10 % par an en moyenne et de 5,5 % en volume (voir tableau 2).
Dans le même temps, les immatriculations n'ont augmenté que de 2,3 % par an. La
différence s'explique principalement par la meilleure qualité des automobiles et leur
niveau d'équipement plus élevé au sein de chacune des gammes, et non par l'achat de
plus gros modèles. En effet, au cours de ces vingt-cinq dernières années, les acheteurs
se sont portés de plus en plus sur des automobiles de gammes inférieures (voir
Consommation automobile - définitions, page 12).
| Croissance moyenne annuelle des dépenses liées à lautomobile (Variations annuelles moyennes, en %) |
||||||||
| Décennie 60 | Décennie 70 | Décennie 80 | Décennie 90 | |||||
volume |
prix |
volume | prix | volume | prix | volume | prix | |
| Voitures neuves | 11,4 | 1,6 | 6,5 | 10,2 | 4,9 | 5,4 | - 0,6 | 0,1 |
| Entretien et réparation | 6,4 | 6,4 | 3,2 | 11,2 | 1,6 | 8,2 | 1,0 | 2,6 |
| Carburants | 10,0 | 0,9 | 4,1 | 11,6 | 2,0 | 5,0 | 0,4 | 4,0 |
| Voitures doccasion | 14,1 | 1,6 | 10,4 | 9,9 | 5,3 | 4,8 | 5,0 | 1,1 |
| Ensemble des dépenses automobiles | 9,3 | 3,1 | 5,2 | 10,2 | 3,5 | 6,0 | 1,9 | 1,0 |
| Dépenses totales de consommation | 5,4 | 4,2 | 3,7 | 9,6 | 2,3 | 6,3 | 1,3 | 1,9 |
| Source : comptes nationaux base 1995, Insee. | ||||||||
L'entretien et la réparation : premier poste du budget automobile
Les ménages consacrent la plus grosse part de leur budget automobile à l'entretien et
la réparation (voir graphique 4). Après un effritement
jusqu'en 1985, la part de ces dépenses a progressivement retrouvé son niveau de
1960, soit près de 35 % du budget automobile global.
En dehors de l'effet « prix », cette hausse est due au vieillissement du parc automobile
et aux modifications de la législation. Ainsi, au cours des quinze dernières années,
l'âge moyen des véhicules est passé de six à plus de sept ans. Par ailleurs, en 1985,
un contrôle obligatoire a été institué pour la revente d'une automobile de cinq ans et
plus. En 1992, les pouvoirs publics ont instauré le contrôle technique obligatoire pour
tous les véhicules de plus de quatre ans. Ce contrôle a été étendu et renforcé au
cours des années 90 ; un nombre croissant de points de contrôle a été soumis à une
obligation de réparation.
Dépenses automobiles : lentretien-réparation |
|
* Pour
la comptabilisation des voitures doccasion, cf. Définitions. |
Carburants comme voitures neuves : un quart des dépenses
La part
du carburant
Elle a surtout reflété la variation des prix pétroliers, même si les chocs
ont été amortis par la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers). Seule la
baisse des prix de 1986 (-13,2 %), provoquée par le contrechoc pétrolier, a eu un effet
durable sur cette part : elle est descendue de 28 % à 21 % du budget automobile global
entre 1985 et 1988, puis est restée stable jusqu'en 1999. En 2000, elle a augmenté
fortement avec les prix.
Les constructeurs ont réduit la consommation en carburant des voitures, notamment après
les chocs pétroliers : une automobile consommait 7,4 litres aux cent kilomètres en 2000
contre 9,3 litres en 1980. Au total, la part des dépenses consacrée aux carburants a
baissé en quarante ans, malgré l'augmentation des distances parcourues par les
automobilistes (12 800 kilomètres en moyenne en 1980, 13 800 en 2000).
La part de
l'achat des véhicules neufs
Elle est très instable. Elle a oscillé entre 20 % et 30 % (20 % en 2000). Les
achats en location-vente sont une des causes de cette variabilité. Ils représentent
généralement une faible part des ventes de voitures neuves. Cependant, des mesures
fiscales les ont à certaines périodes favorisés. Les achats en location-vente ont ainsi
atteint, en 1977, 17 % des ventes de véhicules neufs en volume. Après avoir baissé
nettement, ils ont été multipliés par trois entre 1985 et 1988 et ont dépassé 20 %
des achats de voitures neuves. Ils ont chuté de moitié en 1990 à la suite de l'arrêt,
fin 1989, du système de location avec option d'achat du véhicule à TVA réduite.
Les achats de véhicules d'occasion sont comptabilisés hors des ventes directes entre
ménages. Ils constituent 6 % de la dépense automobile, contre 2 % en 1960 (voir
Consommation automobile - définitions, page 12).
Trois voitures d'occasion achetées pour une neuve
Depuis vingt ans, les ménages achètent trois voitures d'occasion pour une neuve :
environ 4,3 millions contre 1,4 million par an en moyenne. En période de difficulté
économique, ce rapport est plus élevé (3,4 en 1984 et 1993 par exemple) : les
immatriculations d'automobiles neuves baissent plus fortement que celles des voitures
d'occasion.
L'augmentation du rapport entre 1996 et 2001 (2,5 à 3,8) a une autre origine : la très
forte croissance du nombre d'immatriculations des voitures d'occasion sur la période, +
35 %.
En 2000, les ventes entre ménages par le biais d'un professionnel représentent 50 % des
immatriculations des voitures d'occasion, et les ventes de gré à gré 40 %. Les 10 %
restants sont les achats à des loueurs de courte durée et les achats de véhicules de
démonstration.
Les achats de voitures d'occasion à des loueurs de courte durée se sont fortement
développés. Ce type d'achat est désormais majoritaire, en valeur, dans les achats
d'automobiles d'occasion; il était marginal avant 1980 (voir Consommation automobile -
définitions, page 12). Au cours de ces vingt dernières années, la hausse a atteint 15 %
en volume par an en moyenne. Elle s'explique largement par la procédure dite de buy back
: les constructeurs qui ont vendu des véhicules à des sociétés de location les
rachètent au bout de quelques mois.
Les acquisitions de véhicules de démonstration étaient en forte hausse jusqu'en 1984.
En 1985, elles sont divisées par deux : depuis novembre 1984, la législation est
beaucoup moins favorable aux vendeurs.
Les achats de voitures de démonstration n'ont jamais retrouvé leur niveau de 1984.
La montée du diesel et des voitures étrangères
Le
diesel
Les voitures diesel sont apparues au début des années 70. Trente ans plus tard,
elles représentent 56 % des immatriculations d'automobiles neuves.
Cette part avait chuté en 1996 : une forte hausse du prix du gazole et la prime à la
casse avaient soutenu les achats d'automobiles roulant au supercarburant. L'augmentation a
été à nouveau très forte entre 1998 et 2001 (+ 16 points).
L'intérêt porté à cette motorisation est d'abord d'ordre financier : moins taxé, le
gazole est en effet moins cher d'environ 30 % que le super carburant depuis 1970. En
outre, la consommation des voitures diesel est inférieure de 17 % à celle des véhicules
à essence; l'écart était de 8 % en 1980. Enfin, les constructeurs ont rendu les moteurs
plus performants, plus silencieux et moins polluants.
Leur adaptation à la montée du diesel a permis aux constructeurs français de résister
sur le marché national aux constructeurs étrangers. Néanmoins, en 2000, six voitures
sur dix immatriculées neuves étaient françaises, contre huit sur dix en 1980 et neuf
sur dix en 1960.
Les
voitures étrangères
Ces trente dernières années, la part des véhicules français a baissé de
manière sensiblement identique en nombre d'immatriculations et en valeur. Toutefois, la
tendance à l'érosion de long terme de la part des immatriculations françaises s'est
légèrement inversée depuis 1996, contrairement à la part en valeur. En effet, entre
1996 et 1999, le prix moyen des voitures françaises a beaucoup moins augmenté que celui
des voitures étrangères (+ 4 % contre + 14 %).
La part des immatriculations de voitures allemandes a progressé régulièrement ces
trente dernières années, passant de 3 à 13 %. Les voitures de marques américaines
représentent 13 % des immatriculations, contre 7 % en 1970. La proportion des voitures
italiennes augmentait depuis 1980. Elle baisse depuis le milieu des années 90 et
n'atteint plus que 5 %. Les voitures japonaises représentent la même part du marché
français. Entre 1970 et 1976, leurs immatriculations avaient été multipliées par 25
soit presque 3 % des achats d'automobiles neuves. En 1978, la France a alors instauré des
quotas pour limiter les importations de voitures japonaises à 3 % du marché intérieur.
En 1991, la Communauté économique européenne et le Japon ont conclu un accord pour
réguler les importations d'automobiles japonaises dans la Communauté qui a pris fin le
1er janvier 2000, alors que les constructeurs français étaient devenus plus
compétitifs.
Une automobile pour 50 % des ménages parisiens
Aujourd'hui, huit ménages sur dix possèdent au moins une automobile. Ils étaient
trois sur dix en 1960, puis cinq sur dix en 1967 et sept sur dix en 1980.
D'un marché de nouveaux acquéreurs, l'automobile est ainsi devenue progressivement un
marché de renouvellement.
L'augmentation du nombre de voitures par ménage a en revanche été rapide depuis vingt
ans : 16,5 % des ménages en 1980 possédaient au moins deux automobiles, 29,6 % en 2000.
Elle a été favorisée par la progression de l'activité professionnelle des femmes.
Entre 1960 et 1970, le nombre de femmes réussissant chaque année l'examen du permis de
conduire avait plus que doublé, entraînant une utilisation plus intensive de
l'automobile. La part des permis délivrés aux femmes est passée de 28 % à 44 % du
total.
La possession d'une automobile s'est démocratisée au cours des années 60 et 70. En
1960, trois quarts des cadres supérieurs possédaient une voiture, contre un quart des
ouvriers. En 1970, 90 % des cadres supérieurs avaient une voiture, pour plus de 60 % des
ouvriers, et dix ans plus tard, respectivement plus de 90 % et 80 %.
Au cours des trente dernières années, le taux d'équipement des ménages en automobiles
a progressé d'autant plus rapidement que la commune est petite : + 53 % pour les communes
rurales, seulement + 22 % pour Paris. L'éloignement du lieu de travail et des centres
commerciaux ainsi que la plus faible densité des transports en commun en zone rurale
expliquent notamment cet écart. En 2000, 90 % des ménages ruraux possédaient une
automobile, contre 75 % pour les ménages résidant dans une ville de plus de 100 000
habitants et seulement 50 % des ménages parisiens. En 1970, les niveaux d'équipement
étaient respectivement de 60 %, 60 % et 40 %.
En 1965, une personne seule sur dix possédait une automobile, alors que sept ménages de
quatre personnes sur dix étaient déjà propriétaires. En 2000, une personne seule sur
deux était équipée, alors que les couples avec enfants avaient presque tous une
automobile.
Ces familles ont largement contribué à la diffusion des véhicules de type monospace. Le
premier construit en Europe est apparu sur le marché en 1984. En 2000, ces voitures ont
représenté plus de 17 % des ventes d'automobiles neuves; les deux tiers étaient des
monospaces compacts.
Même parcours pour revenus et automobile
La forte progression de l'équipement automobile des ménages en quarante ans est
allée de pair avec celle du pouvoir d'achat (voir graphique 5).
Ainsi, au cours des années 60 et 70, le pouvoir d'achat a fortement augmenté et le
nombre annuel d'immatriculations de voitures particulières neuves a plus que triplé.
Puis, dans les années 80, le pouvoir d'achat et les acquisitions d'automobiles ont
ralenti. À la fin des années 80, le pouvoir d'achat du revenu est le plus élevé de ces
vingt dernières années et les immatriculations sont soutenues : elles atteignent 1,8
million en 1989.
Au cours de la dernière décennie, le lien entre les deux grandeurs a été moins net que
précédemment. Face à une situation économique difficile et à la baisse marquée des
ventes d'automobiles, l'État a pris diverses mesures fiscales qui ont modifié les
comportements d'achat. Du 1er octobre au 31 décembre 1992, le Gouvernement a octroyé une
aide de 2 000 F (305 ) pour l'achat d'une voiture neuve équipée d'un pot
catalytique. Cette décision a soutenu les ventes d'automobiles en 1992. Mais plus encore,
une prime à la casse de 5 000 F (762 ) a été offerte pour la reprise d'un
véhicule de plus de dix ans contre l'acquisition d'une voiture neuve entre février 1994
et juin 1995. En 1994, les ventes d'automobiles neuves ont alors augmenté de 19 % en
volume. D'octobre 1995 à septembre 1996, l'État a accordé une prime de 5 000 F ou 7 000
F (762 ou 1067 ) au possesseur d'une automobile de plus de huit ans qui la
mettait à la casse et en achetait une neuve. Les achats de véhicules neufs se sont alors
accrus de 14 %. En contrepartie, les ventes d'automobiles ont baissé fortement quand les
aides de l'État ont été supprimées : 21 % en 1997 par exemple.
Pouvoir dachat du revenu disponible brut* et achats |
|
* Le
pouvoir dachat du revenu disponible brut est calculé en base 95 de 1979 à 2000 et
en base 80 auparavant. |
| La consommation automobile - définitions |
| La consommation des ménages liée à l'automobile comprend
les dépenses de : - voitures neuves; - carburants; - entretien et réparation; - voitures d'occasion (achats nets); - assurances; - cours de conduite et permis de conduire; - parkings et stationnement; - services donnant lieu à péage; - location d'automobiles; - cartes grises, vignettes et amendes. L'entretien et la réparation comprend : - le coût de la main-d'uvre pour l'entretien et la réparation des automobiles; - les pièces mécaniques et électriques pour automobiles (y compris les batteries); - les échanges standard moteur; - les pneumatiques (y compris rechapage); - le contrôle technique; - les lubrifiants. Gammes automobiles : le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) classe les véhicules en cinq gammes : économique inférieure; moyenne inférieure; moyenne supérieure; supérieure luxe; tous terrains / dérivés véhicules utilitaires / divers. Véhicules d'occasion : en comptabilité nationale, les transactions de gré à gré entre ménages ne sont pas comptabilisées dans la consommation des ménages en voitures d'occasion. Seules sont prises en compte les ventes de véhicules de démonstration, les ventes de véhicules appartenant aux loueurs de courte durée et les ventes par les professionnels des véhicules des ménages (sont comptées uniquement les marges réalisées par l'intermédiaire). |
| Sources |
| En dehors des comptes nationaux, plusieurs sources ont été utilisées : les enquêtes Budget de famille de l'Insee ; les données du Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) en ce qui concerne les immatriculations et les prix moyens des automobiles ; les données de l'Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité et l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (INRETS-ADEME) pour l'âge moyen des véhicules et la multi-motorisation ; les données du Comité professionnel du pétrole (CPDP) en ce qui concerne les prix des carburants ; le compte des transports pour les consommations unitaires moyennes et la distance moyenne parcourue. |
| Bibliographie |
| Cédérom « 40 ans de consommation des ménages
», 2002, Insee. « La consommation des ménages en 1994 », Insee Résultats no 74-75, juin 1995, pages 24 à 26. « La consommation des ménages depuis quarante ans Perte de vitesse des dépenses traditionnelles », Insee première no 832, février 2002. |
Insee Première figure dès sa parution sur le site Internet de l'Insee : www.insee.fr
(1) Insee Première n° 846 - mai 2002
(2) Insee Première n° 844 - mai 2002.
© Les notes bleues de Bercy
Évolution de la consommation des ménages depuis 40
ans